NOS ILLUSTRES ANCIENS
CAPITAINE RICCIOTTO CANUDO
HOMME DE LETTRE ITALIEN
A quelques jours du 3 août 1914 où l'Allemagne déclara la guerre à la France, deux étrangers, Frédéric Sauser (1887-1961) plus connu sous le nom de Blaise Cendrars et Ricciotto Canudo (1879-1923), signèrent le 29 juillet 1914 un vibrant "appel aux étrangers vivants en France" : "…L'heure est grave. Tout homme digne de ce nom doit aujourd'hui agir, doit se défendre de rester inactif au milieu de la plus formidable conflagration que l'Histoire n'ait jamais pu enregistrer…" Reproduit dans toute la presse, cet appel suscita un vif enthousiasme et des milliers d'étrangers demandèrent à s'enrôler pour défendre la France sous l'uniforme de la Légion.
L'un des premiers à montrer l'exemple fut Cendrars. C'est à Paris, non loin de chez Canudo, à la pointe de la rue Lafayette et du boulevard Haussman, sous la charpente d'un puisard du Métro de la Chaussée-d'Antin, qu'il a signé le 3 août 1914, son engagement dans la Légion. On avait installé sous cet échafaudage de sapin, un bureau de fortune avec une petite table de bistrot et une chaise, où des étrangers du quartier venaient s'inscrire (1).
On sait comment il est revenu de la guerre, mutilé en 1915. Tous les épisodes des combats où il a été mêlé, il les a consignés dans maintes de ses œuvres et en particulier dans "La main coupée", chez Denoël en 1946. Cendrars est devenu célèbre et tout le monde connaît sa brillante carrière littéraire et artistique. En contrepartie, le co-signataire de l'appel est quasiment inconnu alors que tous deux entretenaient des liens d'amitié.
Né près de Bari, à Gioia Dal Colle, le 2 janvier 1879 (2) Ricciotto Canudo arrive en France en 1902 et se mêle activement aux mouvements littéraires et artistiques d'une capitale qui joue alors un rôle considérable dans la vie intellectuelle européenne. Dès 1904, Canudo prend la rubrique de littérature italienne au "Mercure de France" et va mener les multiples tâches d'essayiste, de musicologue, de romancier, poète à ses heures, de dramaturge, de critique théâtrale…Il collabore à de nombreuses revues, à des hebdomadaires et à des quotidiens. Il fonde en 1913 la revue "Montjoie" dans laquelle paraissent les inédits de Cendrars puis la "Gazette des sept arts" en 1923.
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(1) D'après
A. Tsertevens
(2 ) D'après Roger Boussinot - Encyclopédie du Cinéma
- Editions Bordas (1980).