LES RÉCITS DES ANCIENS

1939 - 1945

ANECDOTE

Qui ne connaît le peintre de la Légion Etrangère André Rosenberg ?
Ses aquarelles, ses dessins, ornent tous les mess, les popotes, les salles de réunions de ceux qui servent ou ont servi à la Légion Etrangère.
Képi Blanc ne serait pas le même sans son œuvre et le modeste Trait d'Union l'utilise régulièrement – et gratuitement, merci ! – pour ses couvertures.
Grâce au docteur Barthélémy, ami de la Légion, des «Gueules Cassées» et d'André Rosenberg, ce même Trait d'Union a le plaisir de publier les premiers souvenirs légionnaires du futur peintre des armées André R.

«Il n'était pas facile de devenir légionnaire en 1939 ou les débuts difficiles d'André R.»

Paris venait de se couvrir d'affiches invitant les résidents étrangers à se faire recenser entre le 6 et le 15 septembre. Le 6 septembre, André R. sortit donc de son hôtel de l'île Saint-Louis d'un pas décidé. Il fut rejoint par deux compatriotes, Autrichiens, comme lui. Ils se rendirent en train au stade de Colombes où ils étaient convoqués. André R., à 33 ans, avait une très ancienne passion pour le dessin et l'aquarelle, un diplôme de docteur en droit de la faculté de Vienne et une certaine notoriété dans la presse et la publicité de mode masculine qu'il dut au succès d'une double page de chasse dans la revue Adam en 1934. Tout ceci, joint aux aléas de l'Histoire, expliquait son parcours entre Vienne, Berlin, à nouveau Vienne, Milan et finalement Paris où il arriva en 1937, année de l'exposition universelle. A l'entrée du stade de Colombes, en ce début d'après-midi, ils furent longuement fouillés par des policiers en civil. Le ton fût tout de suite donné car le dîner consistait en une boite de pâté, un morceau de pain, un quart d'eau et le gîte était offert à la belle étoile avec une couverture qui «aurait pu marcher toute seule». Les toilettes étaient assurées par une tranchée fraîchement creusée aux abords glissants obligeant à la plus extrême prudence où nos «étrangers» se rendaient en file indienne. Le lendemain matin, après le café apporté dans des seaux, ils reçurent l'inspection d'un représentant suédois de la Croix-rouge Internationale. Celui-ci, agité d'un tic qui amenait brusquement sa tête tantôt à gauche tantôt à droite, demanda à faire une visite complète des lieux avec le capitaine responsable. Il s'étonna de la précarité des conditions d'hébergement. Le capitaine dût lui donner l'assurance d'améliorer l'ordinaire et, au moins, le soir même, des bandes de ciment de part et d'autre de la tranchée évitèrent les acrobaties. Le troisième jour, arriva un maréchal-des-logis qui demanda quels étaient les volontaires pour un engagement au titre de la Légion Etrangère. Surprise dans les rangs. Comme en 1914, l'administration n'avait pas prévu la possibilité d'engagements pour la durée de la guerre ce que réclamaient en fait la majorité des «étrangers». Parmi les 200 présents, seuls sept, dont André R. et ses deux compatriotes, levèrent la main et devinrent la cible des quolibets des 193 autres.

Suite

André Rosenberg