DIVERS

La Poésie à la Légion Étrangère

Comme un bateau qui revient au port,
Les images mythiques d'alors
S'avancent, sortent de l'ombre.
     J'étais légionnaire à Haïphong,
     On m'embarquait sur le Mékong.
     Pour un franc et sept sous,
     Mon métier c'était de s'en aller…

Je me souviens
De cette terre d'Indochine,
D'un monde étranger,
Dont le langage a été oublié.
     De Na-San à Hoa-Binh
     La cuvette s'appelait
     Diên-Biên…le camp retranché.

C'était des tranchées, la boue, la mort.
Des combats âpres et violents,
Des larmes si amères,
Un regard voilé ;
Humble soldat,
Compagnon ! As-tu survécu,
Ou endormi dans l'éternité ?
     Longues flammes jaunes,
     Douze coups de 105
     Jaillirent du canon.
     Ils tirent la dernière bordée.

Dans cette vallée,
Où gisent les corps fracassés,
Où est la pitié ?
     A l'antenne chirurgicale…
     Abdomens… crânes…thorax…
     Fractures ouvertes ;
     Sur les brancards,
     Blanc, jaune ou noirs,
     Que de blessés graves.

     Surgit
Dans le vacarme
Pataugeant dans la boue,
     Le Toubib
Grauwin Bac-sy kim.
     Un geste d'amitié,
     Un mot d'affection.
     La parole apaisante
     D'une promesse...

Adieu Toubib et merci !

Légionnaire Joseph Szabo
Matricule 128.683

JOURS DE PÂQUES... 1954
Au médecin commandant P.H. Grauwin (+)