DIVERS

La Poésie à la Légion Étrangère

 

Notre secret

Ô mes compagnons Légionnaires
Dont une balle
Une volée d’éclats
Le fracas d’une mine
Ont foudroyé la progression hautaine
Un tiers de siècle
N’a rien estompé de vous
En mon affection, ni en ma mémoire.
Nous sommes à jamais frères par l’agonie.

Je vous garde en moi
L’un sans jambes, l’autre sans mains
Tel tranché d’un demi-visage
Toute
L’intensité de son expression
Toute sa chaleur
Toute
Sa gouaille
Rassemblées dans l’œil indemne.
Tu me hantes, Kurt, le torse balafré d’une rafale
De trous à l’écume sombre.
Je revois
Avec effarement
Le peu de corps qu’il restait à certains d’entre vous
Pour partir.
Je me repenche d’amour
Sur vos gosiers appliqués à grogner leur message.

Si je répétais mot pour mot
Ce que vos bouches tordues par l’urgence
M’ont grimacé
Dans un sourire de caillots et de bulles,
Si josais dévoiler
A la recherche de quelles clés
Votre ultime regard
A fouillé mon regard avant de se figer,

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