LES RÉCITS DES ANCIENS

LA GUERRE D'INDOCHINE

CORRESPONDANCE DU LIEUTENANT TOURRET

LETTRES MAROCAINES
au 2ème R.E.C. (2ème Partie)

Commençons par le boulot.

Mon peloton marche bien dans l'ensemble, pas tellement à cause de moi, mais parce que mes deux sous-officiers sont impeccables et que par contre-coup les types ont pris le pli Légion ; moi aussi…

Nous avons fait deux sorties de la journée, de 30 kilomètres en moyenne, plus l'escalade à chaque fois d'un kef [d'un piton] de 1.000 mètres avec pente moyenne de 30% au moins (sur la carte et non dans mon esprit). Je dois dire que j'ai terminé les deux avec trois fusils sur le dos (c'est moins lourd que trois types plus les fusils…) ; la deuxième marche à commencé par une alerte de nuit à deux heures trente avec rassemblement en vingtminutes, nourriture et armement perçus… J'aurai cru cela impossible mais “l'ordre fut donné à la Légion de le faire et les légionnaire l'éxécutèrent”… Une troupe comme ça c'est tout simplement formidable…

Un point noir, en revenant de cette deuxième marche, j'ai constaté la désertion de deux exempts de service… Plutôt désagréable ! Les deux clients ont été rattrapés – comme toujours – après seize heures d'absence illégale. Sur les deux l'un est un salopard et s'en tirera avec quinze jours [de prison] ferme ; le deuxième aura, je l'espère, quinze jours avec sursis. La reprise en main a commencé dès cet après-midi. Il y a de quoi frémir mais la force physique est la seule admise et il faut s'y plier. Voir tout un après-midi deux types avec un sac de cailloux sur le dos et une barre à mine sur l'épaule faire “couché, rampez, debout” à la cadence d'un commandement toutes les dix secondes ou même moins…les mêmes types tomber raides au moins une fois par demi-heure et ranimés avec un seau d'eau et quelques coups de pieds dans les côtes pour recommencer dix secondes après… est assez écoeurant.

Quoiqu'il en soit, le peloton regarde, ne dit mot et considère avec un respect profond et un peu craintif son chef, stick et gants à la main et cigarette aux lèvres diriger l'opération sans y intervenir directement. Pour moi, j'ai bien envie d'arrêter la danse mais “c'est la loi de la Légion” et je n'y peux rien. D'ailleurs on ne les a pas forcés à s'engager…et les types qui se tiennent correctement en bavent correctement mais pas plus.

Suite