
LES RÉCITS DES ANCIENS
1939 - 1945
LA MALHEUREUSE AFFAIRE DE BRETAGNE (suite)
Pas le temps de réfléchir. On avance par bonds, la rivière n'est pas loin. Une dizaine de camarades réussissent à la traverser et trouvent abri près des premières maisons du village. Mais le tir ennemi s'intensifie et se précise encore. Nous sommes bloqués au sol. Combien de temps sans bouger ? Le Lieutenant Haza se déplace pour se rendre compte de la situation. Il est abattu à son tour. Heureusement blessé seulement, mais incapable de bouger. Je cherche des yeux l'Aspirant Bonnet, un camarade me crie "Il est mort !".
Le sergent-chef Ruiz est près du radio. Il demande un appui d'artillerie pour nous permettre soit d'avancer, soit de décrocher. "Pas d'appui possible" lui répond-t-on. Je me rappelle le vieil adage légionnaire : "Tu es légionnaire ? Alors démerde toi !". Ce qui veut dire que nous ne devons compter que sur nous même pour nous en sortir.
C'est finalement le Lieutenant Laccioni qui donne l'ordre de repli. Nous nous déplaçons en rampant, tirant les blessés vers l'arrière. Le légionnaire Hubert, mon ami et presque homonyme - mon nom d'emprunt était Hébert - est le servant de la mitrailleuse de 30. Il nous crie "Décrochez, décrochez, je vous couvre !" et arrose les toits et les fenêtres des maisons de Montreux. En amorçant lui aussi son repli, il est touché par une balle explosive à la jambe, qui l'immobilise. Je l'entends encore crier "Je suis touché, décrochez, décrochez, je vous couvre !" et il continue à tirer. Je crois que c'est le Sergent Delisle qui a cherché à le secourir et reprendre la mitrailleuse. Il est tué sur le coup… Je crois me rappeler aussi que c'est Zygmanski qui a finalement repris la mitrailleuse, mais est-ce mon souvenir ou seulement le fait d'avoir relu son nom dans le compte-rendu de l'inauguration de la stèle ?