LES RÉCITS DES ANCIENS

LES ANNÉES SOIXANTE

UNE SI JOLIE PETITE GARE
L’arrivée

Poggio-Riventosa station "faire signe au machiniste", précise une inscription apposée au poteau d’arrêt, on paie directement au conducteur à l’intérieur de la micheline. Pourquoi ces détails ?

C’est que paradoxalement cette station qui n’a rien de plus que le banal arrêt de bus, est située au bord d’un quai des plus fonctionnels qui fait partie d’une gare qui ne l’est pas moins. On trouve là un bâtiment principal d’un étage, au toit de tuiles rouges, dont le rez-de-chaussée, accessible au niveau du quai, est constitué d’une salle d’attente assez grande et derrière une cloison vitrée à guichets, une autre salle plus petite est prévue pour le personnel et le préposé aux billets. Au premier, le logement du chef de gare.

A cinquante mètres sur le quai, se trouve une bâtisse aux murs borgnes, pourvue d’une large porte à glissière, destinée au stockage du fret et du matériel. Plus loin encore et de l’autre côté d’une voie, une petite construction qui avait du être prévue pour loger l’aiguilleur, serveur des deux aiguilles d’entrée et sortie d’une voie d’évitement.

L’abandon de tout ce concept architectural, qui avait pris un air vieillot, s’était avéré nécessaire, afin de rendre rentable la ligne de chemin de fer Bastia Ajaccio.

Mais quel rapport me direz-vous avec la Légion qui, à cinq kilomètres de là, à vol d’oiseau, et autant en aval de Corte, dans la région de Tavignano, s’ingéniait à s’adapter comme souvent, non sans succès comme toujours, à cette terre de Corse, nouvelle pour elle.

En cette fin d’automne soixante deux, "loin du soleil brûlant d’Afrique", la Compagnie d’Instruction des Cadres après son départ d’Algérie, s’apprêtait à prendre ses quartiers d’hiver dans ce coin de "l’ile de Beauté", qui malheureusement situé, entre la Pinta de Caldane et la Pinta de Ficoso, ne bénéficie que de quatre heures de soleil, par jour et par temps dégagé. Mais ce ne sont pas là les conditions du moment, le camp de toile et ses occupants sont noyés sous une pluie persistante, les rigoles et les caniveaux creusés à la hâte, ne suffisent pas à draîner l’eau de l’intérieur des tentes, dressées sur un terrain déjà trempé et bourbeux au possible. On a disposé des caillebotis au sol pour aménager les passages les plus usités dans les guitounes. A l’extérieur, on a placé quelques palettes de stockage, ou des planches isolées ou tout autre matériel compatible, que l’on voit disparaître au bout d’un moment dans la gadoue. Le froid, pas assez rude pour mettre un terme à cette humidité, nous pénètre jusqu’à la moelle des os.

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Carte de Corse
La gare de Poggio-Riventosa